Le/la jeune adulte

L’entrée dans la vie adulte est devenue longue et semée de questionnements existentiels, aussi courageux que vertigineux. C’est pourquoi je lui accorde une attention toute particulière.

La jeunesse dont nous parlons est le temps de l’évasion, de l’exploration de tous les possibles. Elle occupe toute la décennie de la vingtaine et déborde maintenant parfois sur la trentaine. La jeune personne s’essaie, s’éprouve dans d’innombrables situations, en versant parfois dans les extrêmes, pour aller à la rencontre de parties encore inconnues et inaccomplies d’elle-même. Cela se manifeste par des voyages, des expériences nouvelles, des liaisons nombreuses etc. Grâce à « la surabondance de la vie en elle », « à cette démentielle prodigalité dont la nature, au printemps, donne l’exemple »[1], la jeune personne peut se dépenser sans compter. En se confrontant avec ferveur à l’inconnu, en recherchant avec avidité l’altérité, la jeune personne aiguise sa connaissance intime du monde et de soi.

La jeunesse dont nous parlons est aussi le temps d’une difficile confrontation avec « la réalité» de son temps. Ses aînés, la société tout entière, attendent d’elle qu’elle entre dans un ordre des choses résultant de décisions et de processus auxquels elle n’a pas pris part.
« A bien des égards, le jeune est plus désarmé, plus neuf que ses cadets, l’enfant et l’adolescent, qui s’étaient installés dans la vie comme s’il s’agissait de l’éternité même. Lui, se découvre embarqué dans l’histoire. (…) Il a quitté la mythologie pour l’histoire, l’intemporel pour l’actualité. A peine est-il conscient de son temps que le voilà aussitôt soumis aux lois du temps : inquiet, fragile, responsable, désormais mortel »[2]. Mais bien souvent, la jeunesse ne se laisse pas faire, elle s’insurge, se cabre, résiste. Avec toute sa fougue, elle tente de briser les cadres établis, de retrouver l’ivresse de l’intemporel dans tous les excès. Elle est à la fois force et vulnérabilité, creatio et Khâos.

Mais bien souvent, les jeunes « explorateurs », les jeunes « démiurges », vont être considérés par leur aînés, par la société toute entière, comme « un peu perdus », « immatures », « instables », voire « dérangés ». Ce qui rend très difficile de cultiver une image positive d’eux-mêmes dans leur questionnement, leur tâtonnement, leur révolte. Dès qu’un jeune s’écarte du modèle, il peut vite sombrer dans l’impression de ne valoir plus rien. L’enjeu de la thérapie que je propose est d’abord de l’aider à prendre conscience qu’il n’est pas perdu mais engagé dans un processus d’individuation. Qu’il n’est pas inadapté à la société, mais qu’il est mû par l’exigence de s’inscrire dans la société à partir de ce qu’il est et pas au détriment de son existence propre. S’ouvre alors à lui la possibilité de passer de l’auto-dévaluation paralysante à une auto-appréciation constructive.

[1] Christiane Singer, Les âges de la vie, p 133
[2] Ibid, p 125